Il y a près de 40 ans, Noam Chomski et Michel Foucault débattaient devant les étudiants de l’Ecole Supérieure de Technologie d’Eindhoven aux Pays-Bas sur le thème “De la nature humaine, justice versus pouvoir”. Voici un extrait légérement remanié pour les besoins de mon exposé de ce qu’y disait Noam Chomski (Chomski and Foucault, 1971, édition française de 2006, p. 51) :
Un système fédéré, décentralisé de libres associations, incorporant des institutions économiques et sociales [... me parait être] la forme appropriée d’organisation sociale pour une société technologiquement avancée. [...] Aucune nécessité sociale n’exige plus que les êtres humains soient traités comme les maillons de la chaîne de production ; nous devons vaincre cela par une société de liberté et de libre association, où la pulsion créatrice inhérente de la nature humaine pourra se réaliser pleinement de la façon qu’elle le décidera.
La plupart des auditeurs et lecteurs européens de l’époque saluaient la finesse corrosive de Foucault “qui ne s’y laissait pas prendre”, décryptant les constructions sociales derrière l’invocation de la nature humaine, et les jeux de pouvoir derrière l’espoir constructif. Chomski faisait figure de naïf. Or voilà qu’aujourd’hui, son intuition de la capacitation humaine saute aux yeux des humanistes numériques que nous sommes devenus. Je vous propose de prêter attention à ces institutions économiques et sociales, dont Chomski, avant qu’existent la micro-informatique et Internet, nous affirmait qu’elles étaient nécessaires à un système fédéré de libres associations, et de nous demander quel rôle les institutions politiques au sens large peuvent ou doivent jouer à leur égard.
Je suggère de prendre en compte deux types de défis pour l’échelle et la soutenabilité pour activités coopératives en réseau, l’un de nature interne, portant sur leur organisation, et l’autre externe, portant sur l’articulation entre l’économie et les communs.