La Bolivie et le paradoxe des « communs »
Sept thèses commentées sur le processus de transformation politique actuel
par Franck Poupeau
1-Les mouvements sociaux boliviens pour la réappropriation des ressources naturelles et des services urbains (eau, gaz) ne correspondent pas aux processus et normes de « gouvernance des communs » qui passeraient par des « compromis » entre « acteurs locaux » : ils se sont construits dans la conflictualité, en dehors des sphères institutionnelles.
Commentaire – La « tragédie des communs » a été contestée par des études mettant en évidence les capacités de négociation au niveau local afin de trouver des solutions de « compromis » aux conflits liés à la rareté de ressources comme l’eau (Elinor Ostrom par exemple, mais aussi une grande partie de la production académique ou militante). En Bolivie cependant, la gestion des « communs », à savoir des ressources naturelles et de leur distribution sous forme de services de base, ne constitue ni une tragédie inéluctable ni une situation de négociation : dans un pays doté de ressources hydriques abondantes, la captation inégale de ces ressources, et donc le problème politique de leur partage, a suscité des mouvements sociaux qui se sont d’emblée situés, au delà des enjeux locaux, dans la contestation des normes de la globalisation capitaliste contemporaine. La transformation politique en cours peut ainsi être analysé comme une tentative pour lier la régulation des « communs » à la production d’un « commun », désignant un ensemble de pratiques sociales et de processus collectifs de subjectivation porteurs d’une autre forme de communauté politique.